Sophie et Jean !

24 décembre 2018 • À la Une, Actu

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Aujourd’hui, je voudrais vous recommander un livre extraordinaire signée par une des plus jolies plumes du journalisme d’investigation. « Le dernier roi soleil » n’est ni une biographie, encore moins une hagiographie, juste le récit d’une rencontre, allez, oserais-je dire une infiltration dans une dimension parallèle dont les ultimes portes d’accès semblent s’éteindre les unes après les autres. Sophie des Déserts est arrivée in extremis à gagner la confiance de Jean d’Ormesson qui a accepté de lui ouvrir son univers personnel sans obligation de résultat. Un avant-poste ultra envié pour tenter de percer les secrets du plus attachant des égoïstes, du privilégié, du séducteur, du romantique, de l’académicien, du mondain, du bon client des medias et finalement… de l’écrivain.

Redoutable enquêtrice (de l’Obs à Vanity Fair), Sophie exploite merveilleusement le privilège de la proximité et ce qui aurait pu être un selfie insipide se transforme très vite en documentaire passionnant car Sophie s’efface humblement pour nous laisser avec Jean. Combien de fois j’ai eu l’impression d’être à sa place, à Neuilly, en Corse ou au Grand Véfour, de ré-entendre la précieuse voix de flûte de l’académicien facétieux. Autant de petites parenthèses d’autant plus hors du temps que dévorées sur fond de manifestations de gilets jaunes. Un aller-retour en première classe dans le monde « épatant » du magicien d’O. Un monde plus normalien que normal, décoré de livres et nourri de citations, un monde entouré des puissants de ce même monde, un monde sans entrave, déconnecté de tout souci matériel, de facture à payer, un mode ou le mariage libre est un pré-requis tacite et où les bons mots triomphent de tout.

« Piques-niques servis au bord du lac, bains de soleil et parties de tennis. Les filles rayonnent, à la pointe de la mode, bustiers, jupes crayon, bikinis quand la température grimpe. Jean déclame du Chateaubriand et fume le cigare. »

Sophie manie une plume d’une grande douceur pour brosser un portrait finalement sans-pitié de l’homme qui était – à son grand désespoir – bien plus admiré que ses livres.

J’ai eu la chance de croiser dans ma vie plusieurs fois Jean d’Ormesson mais aussi l’auteur de ce livre magnifique, ce qui me permet de plussoyer cette phrase de Chateaubriand que Jean d’O idolâtrait : « Quel malheur de voir une chose si belle quand on va mourir ».

Le dernier roi soleil de Sophie des Déserts, Fayard/Grasset

N.B : Après avoir refermé ce livre, j’ai eu envie de revisionner ma rencontre avec le « dernier roi soleil » et je me suis dit que moi aussi j’avais eu de la chance d’avoir un tout petit bout de la vie de Jean d’Ormesson. De sa photo « Disrupt » à l’évocation de Julien Doré, chacune de ses phrases est une punchline en puissance !

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